Bon point pour le Vietnam dans l’évaluation internationale de son système scolaire

La presse a beaucoup commenté en décembre dernier les résultats de l’évaluation 2012 du programme PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves). Elle a surtout insisté sur la mauvaise note attribuée à la France, championne des inégalités scolaires : son école est d’abord faite pour une élite et se révèle incapable de faire réussir les enfants les moins favorisés. Elle a pointé aussi le classement des pays d’Asie qui arrivent en tête, dépassant largement les autres pays du monde. Dans ces commentaires, le Vietnam n’était pas cité. Il paraît donc intéressant de revenir sur cette enquête : d’abord en rappelant ce qu’est le programme PISA ; puis en en analysant certains résultats relatifs au Vietnam, à l’Asie et à la France.

 

Le programme PISA

C’est un ensemble d’études menées par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement économiques) et visant à mesurer les performances des systèmes scolaires dans le monde en évaluant les compétences acquises par les élèves à quinze ans (à peu près en fin d’obligation scolaire). Ces compétences sont définies comme celles dont « l’honnête homme du XXIe siècle » peut avoir besoin pour réussir dans sa vie quotidienne et pour faire face au monde d’aujourd’hui (ce que l’anglais appelle literacy). Il s’agit donc d’évaluer la façon dont les jeunes sont capables d’exploiter leurs connaissances dans leur pratique quotidienne, et non leur niveau théorique.

Trois domaines sont explorés: la culture mathématique, la compréhension de l’écrit et la culture scientifique. Et l’étude vise aussi à identifier les facteurs de succès : le milieu socio-économique et culturel des familles, le cadre offert par l’établissement scolaire, le système éducatif national, ainsi que la motivation des élèves, l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes, etc. Enfin, bien sûr, dans la mesure où les études sont réalisées selon le même protocole dans différents pays, PISA a une vocation comparative au niveau international.

 

Ces études sont menées tous les 3 ans: la première a été réalisée en 2000, et l’édition 2012 est la cinquième. Chaque évaluation met l’accent sur une compétence particulière : en 2012, ce fut sur les mathématiques. Y ont participé 65 « pays », en fait des pays et dans quelques cas, des « économies » : c’est ainsi que la Chine est représentée par Shanghai (plus de 22 millions d’habitants), Hongkong et Macao avant de participer à l’exercice en 2015.

Sur les 65 pays, il y a 34 pays membres de l’OCDE et 31 non membres, dont le Vietnam qui participe pour la première fois. Pourtant, participer à PISA coûte cher : la France a ainsi dépensé plus de 500 000 euros en 2012 pour cet exercice.

Au total, ont été soumis aux épreuves de PISA 2012 plus de 510 000 élèves, représentatifs des quelque 28 millions d’élèves âgés de 15 ans scolarisés dans les 65 pays participants.

Chaque élève est soumis à des épreuves sur table d’une durée de deux heures en tout, relatives à des situations qui s’inspirent de la vie réelle. Les élèves répondent en outre à un questionnaire sur eux-mêmes, leur milieu familial, leur établissement d’enseignement et leurs expériences en matière d’apprentissage. De leur côté, les chefs d’établissement remplissent un questionnaire sur leur système scolaire et l’environnement d’apprentissage de leur établissement. Enfin, dans certains pays, un questionnaire, est proposé à titre d’option, aux parents d’élèves pour recueillir des informations sur la façon dont ils perçoivent leur enfant et dont ils le soutiennent et l’encadrent dans son apprentissage.

PISA est devenu au fil du temps la norme mondiale de l’évaluation scolaire. Il alerte en effet les pouvoirs publics et l’opinion sur les lacunes du système éducatif et sur la nécessité de le réformer, et fournit des pistes de réforme possible en identifiant certains facteurs de réussite. Il ne faut pas pour autant oublier les limites de ce genre d’exercice car il paraît bien ambitieux, voire illusoire, de comparer des systèmes éducatifs différents et animés de philosophies différentes.

De plus, l’étude n’accorde aucune place à des dimensions et valeurs comme le rêve, la colère, et plus généralement « à toutes les passions qui font le socle de l’esprit humain et de la vie sociale ».

 

Enfin, les résultats ne concernent que des élèves scolarisés et non l’ensemble des jeunes de 15 ans, ce qui doit être noté dans les pays où le taux de scolarisation est faible.


Vue d’ensemble des résultats

Dans les années 2000, le classement PISA sacre la Finlande championne du monde. En 2012, les choses ont bien changé et l’Asie passe sous les feux des projecteurs.

Le tableau suivant fournit les scores obtenus par certains pays dans les trois domaines étudiés et indique leur score moyen et leur rang dans le classement des 65 pays : les pays (et économies) d’Asie (dont le Vietnam), la Finlande à cause de ses performances passées, et la France ; est aussi rappelée la moyenne des pays de l’OCDE.

Tableau 1 : synthèse des performances de pays sélectionnés

Culture mathématique Compréhension de l’écrit Culture scientifique
Pays Score moyen Rang Pays Score moyen Rang Pays Score moyen Rang
Shanghai 613 1 Shanghai 570 1 Shanghai 580 1
Singapour 573 2 Hong-Kong 545 2 Hong-Kong 555 2
Hong-Kong 561 3 Singapour 542 3 Singapour 551 3
Taipei 560 4 Japon 538 4 Japon 547 4
Corée du Sud 554 5 Corée du Sud 536 5 Finlande 545 5
Macao 538 6 Finlande 524 6 Corée 538 7
Japon 536 7 Taipei 523 7 Vietnam 528 8
Finlande 519 12 Macao 509 16 Taipei 523 13
Vietnam 511 17 Vietnam 508 19 Macao 521 16
France 495 25 France 505 21 France 499 26
Moyenne OCDE 494   Moyenne OCDE 496   Moyenne OCDE 501  
Thaïlande 427 50 Thaïlande 441 47 Thaïlande 444 48
Malaisie 421 52 Malaisie 398 59 Malaisie 420 53
Indonésie 375 64 Indonésie 396 60 Indonésie 382 64

Source : OCDE, Base de données PISA 2012.

 

Une constatation s’impose d’emblée : les sept pays d’Asie de l’Est occupent les sept premières places dans les trois domaines, à deux exceptions près : pour la compréhension de l’écrit et pour la culture scientifique, Macao recule à la 16ème place, au profit de la Finlande que l’on retrouve là à la 6ème place dans le premier domaine et à la 5ème place dans le second ; et pour ce domaine de la culture scientifique, il y a aussi Taipei qui recule à la 13ème place au profit de l’Estonie (ne figurant pas dans le tableau) qui se glisse à la 6ème place.

Le Vietnam (qui, rappelons-le, participait au PISA pour la première fois) et la France, auxquels nous nous intéressons particulièrement ici, se situent toujours un peu avant la moyenne de l’OCDE (et après la Finlande)., le Vietnam devançant la France dans les trois domaines et figurant dans le groupe des pays ayant obtenu un score de plus de 500 points.

Il faut aussi signaler la très bonne performance du Vietnam en culture scientifique puisqu’il se hisse là à la 8ème place. Pour la France, c’est une baisse régulière depuis 2000, et elle est aujourd’hui loin derrière des pays de niveau de vie et de richesse économique comparables ; elle ne se situe qu’approximativement au niveau de la moyenne de l’OCDE dans les trois classements. Pour le Vietnam, au contraire, ses classements, et notamment celui en culture scientifique, le situent remarquablement au-dessus de nombreux pays qui ont des niveaux de vie et des richesses économiques bien supérieurs aux siens. Enfin, les trois derniers pays asiatiques, qui appartiennent comme le Vietnam à l’Asie du Sud-est, sont très peu performants dans chacun des trois domaines, notamment l’Indonésie qui se retrouve en queue de peloton.

 

 

Les écarts dans les performances

L’étude PISA-2012 fournit en outre de nombreux éléments d’analyse de la situation dans le domaine de la culture mathématique qui fait l’objet d’investigations plus approfondies comme indiqué précédemment. C’est ainsi que l’on peut s’intéresser non seulement au score moyen, mais aussi à la répartition des élèves selon leur performance.

Le tableau suivant fournit par exemple, toujours pour les mêmes pays, les pourcentages d’élèves soit très performants, soit peu performants[1].

Tableau 2 : inégalités des performances de pays sélectionnés

Pays élèves très performants Pays élèves peu performants
  % Rang   % Rang
Shanghai 55.4 1 Shanghai 3.8 1
Singapour 40.0 2 Singapour 8.3 2
Taipei 37.2 3 Hong-Kong 8.5 3
Hong-Kong 33.7 4 Corée 9.1 4
Corée 30.9 5 Macao 10.8 6
Macao 24.3 7 Japon 11.1 7
Japon 23.7 8 Finlande 12.3 8
Finlande 15.3 15 Taipei 12.8 10
Vietnam 13.3 21 Vietnam 14.2 13
France 12.9 22 France 22.4 28
Moyenne OCDE 12.6   Moyenne OCDE 23.1  
Thaïlande 2.6 49 Thaïlande 49.7 50
Malaisie 1.3 53 Malaisie 51.8 52
Indonésie 0.3 63 Indonésie 75.7 65

Source : OCDE, Base de données PISA 2012.

 

Notons que les pays qui occupent les quatre premières places dans les deux classements voient au moins le tiers de leurs jeunes figurer dans le groupe des meilleurs élèves et moins de 10 % dans le groupe des moins bons.

 

La Finlande, le Vietnam et la France occupent dans cet ordre des positions légèrement meilleures que la moyenne de l’OCDE. Enfin, la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie se retrouvent dans le dernier quart du classement.

 

PISA fournit de nombreuses analyses de ces résultats. Par exemple, il ne suffit pas qu’un pays dépense beaucoup pour l’éducation pour obtenir de bons résultats. Autre exemple : les jeunes issus de milieux plus favorisés, avec un niveau d’instruction plus élevé, obtiennent en général de meilleurs résultats. C’est notamment le cas en France où, plus qu’ailleurs et plus que par le passé, les origines sociales pèsent sur la réussite scolaire. Par contre, dans la plupart des pays d’Asie de l’Est et au Vietnam, plus de la moitié des élèves les plus défavorisés obtiennent des performances en mathématiques qui les classent parmi les 25% d’élèves les plus performants. PISA montre donc qu’il est possible d’élever la performance globale tout en uniformisant les niveaux de performance entre les élèves issus de différents milieux socio-économiques.

 

Vers des réformes des systèmes scolaires

Enfin, l’enquête met en lumière plusieurs des traits qui caractérisent les meilleurs systèmes d’enseignement. Les plus performants, notamment en Asie, mettent fortement l’accent sur la sélection et la formation des enseignants, encouragent ces derniers à travailler ensemble et investissent en priorité dans l’amélioration de leur qualité, et non dans la taille des classes.

 

De plus, ils fixent des objectifs clairs et donnent aux enseignants l’autonomie dont ils ont besoin dans la salle de classe pour pouvoir les atteindre. Et ces pays tendent à répartir plus équitablement leurs ressources entre les écoles favorisées et défavorisées sur le plan socioéconomique.

Ces résultats mettent en lumière les résultats qu’il est possible d’obtenir dans le domaine de l’éducation. Ils permettent aux responsables d’apprécier les connaissances et les compétences des élèves de leur pays en les comparant à ceux des élèves d’autres pays, d’assigner à leurs politiques des objectifs vraisemblables et qui ont été atteints par d’autres systèmes d’enseignement.

Les résultats sont d’autant plus intéressants à analyser pour un pays que l’on peut examiner leur évolution dans le temps : il faut donc espérer que le Vietnam participera aux futures évaluations PISA, notamment à la prochaine en 2015.

 

 

Francis Gendreau

 


Le rapport PISA-2021 est disponible sur http://www.oecd.org/pisa/keyfindings/PISA-2012-results-overview-FR.pdf

[1] PISA classe les élèves en six niveaux, le niveau 6 regroupant les élèves les plus performants. Le niveau 2 est considéré comme un seuil à partir duquel les élèves commencent à montrer qu’ils possèdent des compétences qui leur permettront de poursuivre des études et de participer de manière efficace et productive à la vie de la société.

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