Les tunnels de Cu Chi, une Ville Rebelle souterraine

Củ Chi

« Personne n’a démontré plus d’habileté à cacher ses installations que le Viêt Công, une organisation de taupes humaines ». Dans la bouche du général William Westmoreland, commandant en chef de l’armée américaine au Viêt Nam, il s’agit bien d’un compliment. Il n’est pas immérité : les vietnamiens ont creusé – de la guerre contre la France à la fin des années 1940 jusqu’à la victoire finale en 1975 – l’immense réseau souterrain de Cu Chi, qui devait permettre aux combattants vietnamiens de ravitailler depuis la piste Ho Chi Minh et d’implanter une zone de combat sans massif forestier, après les bombardements, au nord-ouest de Saigon.

hình địa đạo củ chi

Réseau souterrain Viêt Công typique, 1960-1970

(Sources : Armée populaire duVietnam et Archives de l’armée américaine)

 

Le complexe souterrain de Cu Chi – creusé avec les pioches à jardinage d’environ 38 cm et les paniers tressés pour déblayer la terre – équivaut par sa taille au métro parisien : plus de 200 km de galeries étendues sur plus de 100 km2, capables d’abriter jusqu’à 16.000 clandestins, des caches d’armes et de nourriture, cuisines, infirmeries, dortoirs, salles de classe, postes de commandement, et même des salles de projection, etc. Le réseau était autant destiné au déplacement des soldats que de l’intendance, puis de protection contre les bombardements aériens qui s’intensifièrent. Une véritable ville protégeant soldats, femmes et enfants. A nouveau, les révolutionnaires vietnamiens ont pu mettre en échec la haute technologie américaine avec des moyens rudimentaires et une volonté qui forçait l’admiration de  leurs ennemis. Une grande leçon dans l’histoire militaire et de l’urbanisme souterrain.

L’entrée de ces tunnels dotés de très petites ouvertures était camouflée par un couvercle de bois sur laquelle reposait terre et feuillage.  C’était pratiquement indécelable. Certaines entrées étaient protégées par des pièges meurtriers.  Ils s’agissaient de trous dans laquelle des bambous effilés faisaient office d’armes, le tout dissimulé sous un panneau en bois à bascule lui-même caché par des branches et feuillages. Si quelqu’un marchait sur la trappe, il tombait sur les bambous acérés.  Ces pièges prenaient toutes sortes de formes tous plus ingénieux les uns que les autres.  Ainsi une porte à bascule munie elle aussi de pics de bambous était une arme terrifiante. Les bouches d’aérations des tunnels étaient à peu près invisibles et la fumée produit pour la cuisson était évacuée loin des cuisines avec un mince filet lui aussi à peu près indétectable.

Ces armes de confection simple et facile étaient d’une redoutable efficacité aussi bien sur le plan logistique que psychologique. L’armée américaine ne parvenait pas à comprendre l’anormale concentration élevée de soldats ennemis dans une zone qui était contrôlée et soumise à des bombardements massifs. Les attaques surprises se multipliaient, les Viêt Công étaient invisibles, de véritables fantômes -ghosts soldiers. Il y avait une forte présomption parmi les hauts gradés que les Viêt Công avaient non seulement ré-infiltrés la région et mis en place leur quartier général. Ils avaient raison, mais ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’il se trouvait juste sous leurs pieds. Car le réseau disposait d’accès au milieu du camp retranché de la 25e division de l’US army. Il fallut un certain temps aux militaires américains avant de comprendre comment les soldats vietnamiens parvenaient jusque dans leur camp…

Les américains, dans un premier temps, évacuèrent la population des villages et adoptèrent la tactique de la terre brûlée, déversant sur cette zone des tonnes de défoliants [l’agent orange]. Le réseau en tunnel devenait ainsi la seule possibilité pour les combattants vietnamiens de se dissimuler, de se protéger et de se déplacer.

Devant l’inefficacité des armes chimiques, les militaires imaginèrent plusieurs solutions : une armée de rats, des chiens, ils constituèrent des brigades composées de soldats de petite taille susceptibles de s’engouffrer dans les tunnels étroits [60-70 cm de large, 80-90 cm de hauteur], ce seront les rats humains surtout des sud-vietnamiens et des mexicains qui subiront de lourdes pertes. Plusieurs régiments refuseront d’ailleurs d’entrer dans ce Death Tunnel.

Pour parvenir à la destruction de ce réseau souterrain, les ingénieurs inventèrent donc de nouvelles bombes aériennes, s’enfonçant plus profondément dans le sol avant d’exploser. La zone fut pendant des mois bombardée, les B52 avait l’autorisation, avant d’atterrir sur l’aéroport Tan Son Nhat, de déverser leur trop plein de bombes au retour de leur mission.

Le réseau souterrain sera cependant utilisé pour l’offensive du Têt de 1968, puis à force de bombardements aériens et d’artillerie deviendra dangereux et stratégiquement moins efficace, tout en restant une menace pour la sécurité de Saigon.

Nommé un des 12 monuments souterrains les plus attrayants du monde par le site CNN, les tunnels Cu Chi – un témoin de l’ingéniosité et le courage remarquable mortelle des vietnamiens – est aujourd’hui un musée très visité par les touristes du monde entier.

Rubis TRINH

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