Tran Thi Hao, une jeune fille dans la guerre

Au mois de novembre 2016, l’association SILLAGES (http://sillages.info) a lancé un MOOC, ou en français un FLOT (Formation en ligne ouverte à tous) de grammaire française, destiné aux étudiants de la Terminale à la licence, en France et dans les pays francophones. Il s’agit d’offrir aux étudiants français et francophones un outil simple, facile d’accès et attractif qui leur permette de rafraîchir (ou parfois d’acquérir) les bases de la grammaire élémentaire de la langue française.

Lorsque je me suis lancée dans l’aventure, il m’a dès l’abord paru évident qu’un tel cours ne pouvait s’appuyer sur la seule littérature française : une langue parlée par 269 millions de locuteurs sur les cinq continents est une langue-monde, qui ne saurait s’enfermer dans notre petit hexagone, et trouve sa plus belle, sa plus créative expression dans une littérature-monde qui couvre l’ensemble des locuteurs francophones. Et me voilà partie à la découverte de cette littérature encore si peu étudiée dans les cursus universitaires… De quoi joindre l’utile à l’agréable : en même temps qu’ils apprendraient ou réviseraient les emplois des noms ou la syntaxe des subordonnées, les étudiants pourraient parcourir un panorama, certes incomplet, mais aussi diversifié que possible de la littérature francophone des cinq continents.

Dans un tel parcours, je ne pouvais pas ne pas rencontrer la littérature vietnamienne d’expression française, née de la longue et douloureuse histoire de la colonisation : des années 1880 jusqu’en 1954, l’Indochine fut une possession française, et notre langue y fut très largement enseignée.

Et c’est ainsi que j’ai découvert Tran Thi Hao.

Tran Thi Hao, originaire du Nord Vietnam, nous livre dans La jeune fille et la guerre (L’Harmattan, 2007) un témoignage spontané, sans fioritures, dans une langue extrêmement simple, presque maladroite – la langue de la petite fille, puis de la jeune fille, qui a vécu les événements. Elle évoque son enfance sous les bombardements américains : la guerre vécue à hauteur d’enfant, avec le départ de son père pour le front, l’exil à la campagne, les abris dans lesquels elle et sa famille se réfugiaient à chaque alerte, et où les crapauds la terrifiaient davantage que les avions, un bombardement meurtrier dans lequel sa mère trouvera la mort … Et pourtant, elle nous fait revivre, par l’écriture, un Vietnam toujours debout, des couleurs, des saveurs incomparables, une fraternité qui ne se dément jamais : la générosité sans limite de ceux qui accueillent les réfugiés à la campagne, les études poursuivies malgré tous les obstacles, et la découverte de la grande ville…

Elle dresse aussi le portrait de ces « héroïnes du quotidien » – pour reprendre un expression de circonstance – qui tentent, au milieu du chaos, de préserver l’avenir, en continuant leur travail malgré les bombardements, en allant à l’école envers et contre tout, en relevant chaque jour le défi d’assurer la subsistance…

Elles mettent en lumière l’incroyable force de vie qui a animé le peuple vietnamien durant tant d’années terribles, le courage modeste des gens ordinaires : après le passage des avions, on ramasse les livres tombés à terre, on balaie les décombres, et on se remet au travail.

Pourtant le livre de Tran Thi Hao s’achève sur une note plus mélancolique : après la guerre, les héros d’hier, changés par l’argent et le confort, ont parfois un peu oublié leurs idéaux…

Tran Thi Hao, enfin, a choisi la France, et la langue française pour s’exprimer, d’abord dans ce récit presqu’auto-biographique, puis dans une biographie, La Dernière impératrice d’Annam, Nam Phuong la sacrifiée (L’Harmattan, 2014) rejoignant ainsi la cohorte de ces écrivains qui décident d’écrire dans une autre langue que la leur – sans doute parce que leur message prend ainsi une valeur plus universelle, sans doute aussi parce qu’il n’est pas indifférent de témoigner dans la langue même de celui qui fut un temps l’oppresseur – mais qui est aussi la langue des Droits de l’homme.

TranThiHao_LaJeuneFilleLaGuerre

C’est pourquoi, bien modestement, par le biais de courts extraits destinés à l’analyse grammaticale, laissant à d’autres le soin d’élaborer un tableau plus complet et plus spécifiquement littéraire, j’ai tenté de donner un aperçu de cette « littérature-monde », dans laquelle Tran Thi Hao a toute sa place. Une manière, en somme, de lui rendre la politesse…

                                                                                 

Michèle TILLARD

Ancienne élève de l’ENS de Sèvres

docteur en littérature

Vidéo sur Youtube: 

https://www.youtube.com/watch?v=MgeSeEZpUgo

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