Exposition : « Ho Chi Minh, homme de Paix et Eminent homme de Culture »

L’ambassadrice du Vietnam auprès de l’UNESCO Madame Tran Thi Hoang Mai, a organisé le 13 novembre 2017 à l’occasion du 30ème anniversaire de la Résolution de la Conférence de l’UNESCO sur le centième anniversaire de la naissance du Président Ho Chi Minh une soirée culturelle et exposition sur le thème :

« Ho Chi Minh, homme de Paix et Eminent homme de Culture »

De nombreuses personnalités ont assisté à cet évènement notamment la Directrice Générale de l’UNESCO,Mme Irina Bokova, l’Ambassadeur du Vietnam M.Nguyen Ngoc Son,le président de l’AAFV M.Gérard Daviot,le président de l’UGVF M.Ngo Kim Hung …

Les panneaux de l’exposition-photos ont été préparés et mis à disposition par l’UGVF.

Après les discours de l’Ambassadrice et de la Directrice Générale , l’historien Alain Ruscio a dégagé de la biographie de Ho Chi Minh deux « réflexions sur les permanences de sa pensée et de son action :Ho Chi Minh, homme de paix et Ho Chi Minh, homme d’engagement internationaliste et tiers-mondiste » Voici le texte intégral.

Ho Chi Minh, homme de paix, homme d’engagements

Alain Ruscio

Historien

Président du CID Vietnam

Lorsqu’on invite un historien, réputé spécialiste du Viêt Nam, à une initiative comme celle de ce soir, on attend généralement de lui qu’il retrace « le cadre » chronologique, les enjeux de l’époque, le rôle des acteurs historiques…

Pourtant, ce soir, je souhaite procéder autrement. Je supposerai la biographie de Nguyen Ai Quoc / Ho Chi Minh relativement connue, en tout cas à grands traits, en quoi je ne prends d’ailleurs pas beaucoup de risques, car les études de qualité ne manquent pas et le public de ce soir est averti.

Donc, plutôt qu’un récit de la vie de l’oncle Ho, je vous proposerai quelques réflexions sur les permanences de sa pensée et de son action.

J’en vois, en ce qui me concerne, deux principales :

  1. Ho Chi Minh, homme de paix

  2. Ho Chi Minh, homme d’engagement internationaliste et tiers-mondiste

Ho Chi Minh, homme de paix

Affirmer d’emblée ce trait marquant peut sembler un paradoxe.
Car, à bien observer sa vie, on constate qu’il a quasiment toujours été en lutte ouverte, et souvent en guerre avec ceux qui avaient voulu faire plier son peuple :

  • de 1911 à 1923 : 12 années de quête, à l’étranger, des voies de la libération nationale

  • de 1923 à 1945 : 22 années de stricte clandestinité, durant lesquelles il a été un « commis voyageur » de la Révolution mondiale

  • de 1945 à sa mort, en 1969 : 24 nouvelles années à la tête d’un peuple quasiment toujours en guerre

Et pourtant, cet homme qui, de la clandestinité à la présidence de la République, en passant par le maquis, n’a connu que l’affrontement avec l’Occident, a été tout sauf un belliciste.

Trois exemples, trois dates-clés de sa vie : 1918-1920, 1945-1946 et 1954-1956

En 1918, lorsqu’il se fixe en Occident (à Londres, puis à Paris), le jeune Nguyen Ai Quoc n’est en rien l’adversaire déterminé de l’Occident qu’il deviendra plus tard. La notion d’indépendance du Viêt Nam, par exemple, n’est pour lui qu’une échéance relativement lointaine. Si l’on étudie, par exemple, les Revendications du peuple annamite, que le jeune Quoc voulut faire connaître aux délégués réunis à Versailles en 1919, on constate qu’il s’agit d’un texte très minimaliste :

  • Amnistie en faveur des condamnés politiques,

  • Réforme de la justice

  • Liberté de presse et d’opinion

  • Liberté d’association et de réunion

  • Droits politiques accrus pour les indigènes

Comment répondirent, alors, les gouvernants français ? Par le mépris, la poursuite de la répression, la tentative d’arrestation du jeune Quoc.

Un an plus tard, ce même jeune homme, qui avait compris entre temps que le système colonial n’était pas amendable, devenait communiste, lors du fameux congrès de Tours. Il le serait certes devenu, de toute façon, l’Internationale communiste et le PCF apparaissant alors aux colonisés comme leurs plus sûrs alliés. Mais le fait est là : c’est le système colonial qui a radicalisé le jeune Annamite au regard de feu.

Un quart de siècle plus tard, au lendemain de l’autre guerre mondiale, immédiatement après la proclamation de l’indépendance, que demande Ho Chi Minh à la France ? L’évacuation immédiate ? L’abandon de tout intérêt en Indochine ? Non pas.

Ho et ses camarades tendent au contraire la main aux gouvernements français issus de la Résistance, acceptent la notion d’Union française. D’où le voyage de Ho et de Pham Van Dong en France en 1946. Ils le font certes par calcul : isolés, ils ne peuvent compter ni sur la Chine rouge (les maquis de Mao sont à des milliers de kilomètres au nord et la RPC ne triomphera qu’à l’automne 1949, quatre années plus tard), ni sur l’URSS (Moscou ne reconnaîtra la RDV qu’en janvier 1950). Mais Ho fait partie de ceux qui veulent croire en la possibilité pour la France nouvelle d’évoluer et de ne pas retomber dans ses travers du passé.

On sait ce qu’il advint : la morgue colonialiste, le mépris raciste, l’anticommunisme entrainèrent la IV è République naissante à provoquer, par le meurtrier bombardement de Haiphong, le conflit, qui se transformera peu à peu, côté français, en une sale guerre et, côté vietnamien, comme une guerre de libération nationale.

Franchissons encore dix années. Après Dien Bien Phu, les Vietnamiens signent, à Genève, un accord qui ne reflétait pas la réalité du rapport des forces sur le terrain, mais qui était un compromis imposé par la communauté internationale. Qu’importe : Ho Chi Minh et ses principaux lieutenants, désormais revenus à Hanoi, vont tout faire pour tenter de tirer le maximum de ces accords – dans un premier temps, de faire appliquer la clause de la réunification pacifique par l’organisation d’élections générales.

Tous ceux qui, alors, ont rencontré Ho Chi Minh ont témoigné de sa volonté de paix. Il connaissait trop le prix de la guerre, il avait trop conscience par ailleurs de la fidélité relative – c’est un euphémisme – de Beijing et de Moscou pour ne pas tenter de jouer jusqu’au bout, au-delà peut-être du raisonnable, la carte de la paix. Mais les mois ont passé, et chaque jour la fascisation du régime Diem, la lâcheté de la diplomatie française, l’intervention croissante des États-Unis faisaient reculer la solution pacifique pourtant promise à Genève. Ce n’est, on le sait aujourd’hui, qu’en 1959, qu’un Bureau politique pas du tout réjoui, décida, à Hanoi, de la reprise de la lutte armée au Sud.

1919… 1945… 1954… trois mains tendues par les Vietnamiens… En retour : trois poings fermés de l’Occident, des poings pour frapper, la répression coloniale, la guerre coloniale, puis la guerre impérialiste.

J’avance donc, en conclusion de ce premier point, l’affirmation suivante : Ho Chi Minh, à la tête du pays qui a connu la plus longue guerre du siècle, figure à mes yeux au Panthéon des grands hommes de la paix. C’est un paradoxe que j’assume.

Ho Chi Minh, homme d’engagement internationaliste et tiers-mondiste

Pour qui s’en tient à la surface des choses, Ho Chi Minh a été d’abord un patriote. Rarement, en effet, un homme politique se sera autant identifié à la lutte de sa patrie. N’a-t-il pas, naguère, pris comme premier pseudonyme (en tout cas, connu) Nguyen Ai Quoc, que l’on a souvent traduit pas Nguyen-qui-aime-sa-patrie ? Plus tard, devenu Ho Chi Minh, n’a-t-il pas prononcé la phrase définitive, dans sa réponse à Nixon (1966) : « Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté » ? Et nul ne songera effectivement à dénier à Ho cette dimension nationale, patriotique.

Mais il est tout à fait passionnant de constater combien, chez lui, ce combat a toujours été lié à celui des autres peuples.

La première remarque qu’il faut faire est que, tout jeune, c’est vers l’extérieur qu’il s’est tourné pour tenter de comprendre les causes de l’enchaînement de son pays. Il aurait pu, comme beaucoup de patriotes alors, se tourner vers l’est – le Japon moderniste, la Chine républicaine après 1912 – ou même rester au pays pour y fonder des sociétés secrètes. Non, c’est vers l’ouest qu’il est parti, acquérant entre 20 et 30 ans une expérience internationale sans pareil, sillonnant les mers, observant les États-Unis, l’Angleterre, la France, l’Afrique noire…

Et, grâce à cette expérience, il a été de ceux qui ont eu à Paris une véritable activité internationaliste, au début des années 20, par exemple au sein du tout jeune Parti communiste, mais aussi dans des mouvements d’une étonnante modernité comme cette Union intercoloniale, première association de l’histoire française qui regroupa des Asiatiques, des Africains, des Maghrébins, des Malgaches, des Antillais… C’est Quoc qui est tout à la fois le fondateur, la cheville ouvrière, le principal rédacteur (et même le dessinateur !) de ce périodique, La Paria, sous-titré Organe du prolétariat colonial, ce qui est tout un programme. Il y écrit pour défendre toutes les causes des damnés de la terre : les Vietnamiens, bien sûr, mais aussi les Africains colonisés, les Noirs d’Amérique, les Irlandais, les nationalistes turcs, les Chinois…

Plus tard, devenu un activiste de l’Internationale communiste, il organise certes le Parti communiste indochinois, mais on le voit dans le sud de la Chine, aux côtés du célèbre Borodine, il assure des missions en Thaïlande, en Malaisie…

Cette dimension internationaliste est également, indissociablement, un engagement tiers-mondiste, bien avant que le mot existe. Nguyen Ai Quoc fait partie, modestement mais fermement, de ceux qui à l’intérieur de l’Internationale communiste, combattent l’eurocentrisme, la thèse qu’il y aurait un centre de la révolution mondiale – l’Union soviétique et les PC des pays industrialisés – et une périphérie – les réserves de la Révolution mondiale, comme l’écrivait Staline. Pour Quoc, pas de centre, de périphérie, de réserves, pas de peuples guides, pas de peuples arriérés, mais une claire compréhension que l’ennemi commun, qu’il nomme par son nom, l’impérialisme, doit être combattu partout et par tous, dans la convergence et sans hiérarchie des causes. Il est l’un de ceux qui popularisent l’image de la pieuvre dont chaque tentacule doit être impitoyablement sectionné.

Devenu chef d’État, il le prouvera encore. Il fut certes, et demeura jusqu’à son dernier souffle (voir son Testament), un militant passionné de l’unité du mouvement communiste international. Mais il fut de ceux qui plaidèrent pour un dialogue fructueux avec les pays en voie de développement d’Asie et d’Afrique. Le premier invité officiel, à Hanoi, après l’installation du gouvernement de la RDV, en 1954, ne fut ni Mao ou Zhou-Enlai, ni Molotov, mais Nehru. Son pays fut ensuite au premier rang pour participer à la conférence de Bandoeng, en 1955.

Conclusion

Ho Chi Minh, un des grands hommes de son siècle

En lisant des témoignages de ceux qui l’ont rencontré, en parcourant les portraits qu’ont brossés de lui ses principaux biographes – qui n’étaient pas tous ses amis politiques – surgit le sentiment que cet homme était vraiment exceptionnel.

Il le fallait pour, comme il le fit, transformer sa vie en épopée au service de son peuple. Qui aurait pu penser, il y a cent ans, quand ce jeune Vietnamien, si timide, si réservé, débarquant à Marseille, qu’il était porteur du germe plus tard destructeur du système colonial, bien au delà des frontières de son pays, qu’il mènerait ensuite la lutte – une lutte victorieuse dont il ne vit pas le terme, mais dont il était certain – contre la première puissance du monde ?

« Ce sont les masses qui font l’Histoire », avait dit naguère un des maîtres à penser de Ho Chi Minh, Karl Marx. Oui, ce sont les masses… mais quand les hommes d’exception en prennent la tête, les mouvements de l’Histoire en sont singulièrement accélérés.

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